Prêtez moi votre carte de crédit ...
1) L’obstruction des Allemands.
Me prêterez-vous votre carte de crédit si vous ne pouvez contrôler mes dépenses ?
Est-il nécessaire d’écrire la réponse ?
C’est au nom de ce raisonnement apparemment en béton que le président de la Bundesbank refuse la mutualisation des dettes publiques des pays de la zone Euro. On ne peut, en effet, s’engager à payer les dettes contractées par un pays de la zone puisque chacun de ces pays a sa « souveraineté budgétaire » et peut donc dépenser et s’endetter sans qu’on puisse l’en empêcher ! Et ce président de conclure que seule la marche vers une union budgétaire de type fédérale permettrait une telle mutualisation.
Monsieur Weidmann, manifeste ainsi son opposition ferme à une des mesures réclamées par certains dirigeants européens, mesure qui va dans le sens de ce que préconisent bien des gens de l’entourage de François Hollande et des autorités diverses de Bruxelles : créer des « Eurobonds », des dettes publiques mutualisées, c’est-à-dire des titres de dette dont les États de la zone Euro seraient collectivement garants. Ce serait, selon les partisans de cette mutualisation, une des clefs de la sortie de cette crise de l’Euro.
Celle-ci a de multiples effets négatifs tant sur le climat des affaires que sur les opinions de chacun de nos pays et le moral des uns et des autres.
Cette crise crée une atmosphère de doute, de pessimisme à propos d’une Europe vieillie, rabougrie, craintive, repliée sur elle-même, apparemment incapable de se sortir de ses difficultés tandis que le dynamisme serait ailleurs, dans les pays jeunes d’Asie ou Amérique latine voire même certains pays d’Afrique.
Cette crise nourrit des sentiments anti-européens et entretient dans une partie de l’opinion publique, l’idée fausse selon laquelle on devrait se replier sur notre « pré carré » et chercher à secouer, seuls, protégés par nos frontières nationales enfin rétablies, les réglementations tatillonnes que les bureaucraties bruxelloises nous infligent et les contraintes d’austérité que les dirigeants néolibéraux de l’Allemagne comme ceux du FMI et de la BCE et d’autres
veulent imposer à tout le monde !
Merci aux Allemands
Oui, il faut leur dire « merci mesdames et messieurs ». En effet, dans le même temps, qu’il s’oppose fermement à une des décisions qui pourrait « sauver » la zone Euro, monsieur Weidmann nous indique ici la seule porte de sortie de cette crise qui n’en finit pas d’ébranler l’Europe. Et d’autres informations nous apprennent que le ministre des finances d’Allemagne, pense lui aussi qu’il faut marcher vers une union budgétaire de type fédérale. Et à la CDU comme dans le parti social-démocrate, nombreux sont-ils à vouloir aller dans le même sens.
Mais les uns et les autres savent qu’aller vers une telle union fédérale est une marche semée d’obstacles nombreux qui demanderait du temps. Et c’est vrai : en France et dans bien d’autres pays y compris l’Allemagne, il faudrait d’importantes modifications constitutionnelles et comme nous sommes des pays démocratiques, il y faudrait un large débat ! Et peut-être certains pays (l’Irlande ? le Danemark ?) refuseraient-ils de sauter le pas. En France, vu l’importance de la défiance d’Europe et le poids des électorats des extrêmes, le débat serait âpre. Et on irait vers l’échec si cette avance vers une union budgétaire ne s’accompagnait pas de réformes démocratiques dans la gouvernance de l’Union européenne, d’un rôle plus important donné aux élus du peuple que sont les parlementaires européens.
Mais il n’empêche, les Allemands indiquent clairement quelle est la voie de la solution et Henricles dira même la seule voie : une union budgétaire complète entre les pays de la Zone Euro première étape vers une union économique et financière, et finalement une union politique fédérale.
Le problème, et il est de taille, est qu’en attendant que ce long chemin soit par couru, les Allemands campent sur une position dure qui refuse les décisions de mutualisation avant toute véritable union !
En auront-ils le courage ?
Oui, il est possible de sortir de ce paradoxe. Il y faut de la détermination. Il y faut de la force de conviction. Il y faut surtout du courage. Ce courage qui manque terriblement souvent aux politiques mais qu’on rencontre parfois dans des moments historiques chez tel ou tel.
Il y faudrait le courage qu’avait eu en son temps Robert Schumann lorsqu’il avait, avec d’autres, osé proposer aux Français, aux Belges et aux Hollandais qui venaient d’être occupés, pillés, violentés par les Allemands pendant 5 ans, de se réconcilier avec eux et de mettre en commun leurs ressources en charbon, l’énergie encore dominante, et en acier.
Il y faudrait le courage, d’un Mendès-France, bravant l’opinion publique et les attaques haineuse de la droite antisémite et négociant la marche de la Tunisie et du Maroc vers l’indépendance.
François Hollande, rencontrera-t-il, en Allemagne, en Italie, Espagne, Portugal, et ailleurs, les partenaires femmes ou hommes d’État prêts à mobiliser leurs opinions publiques, à les placer devant les nécessités urgentes de l’Histoire, d’une Histoire à construire ensemble ici et maintenant ?
Puisera-t-il dans sa victoire récente, dans le succès exaltant de sa longue marche vers le pouvoir suprême dans notre pays, le courage et la force de proposer un saut rapide et commun vers une union qui ne peut plus attendre ?
Élaborer une déclaration commune à 3, 4 , 5, ou plus de chefs d’État ou de gouvernement qui y proclameraient leur volonté de consulter leurs peuples ou leurs représentants et de voter ensemble, chacun selon les procédures constitutionnelles de son pays, les décisions propres à créer rapidement une union budgétaire et pourquoi pas économique de la zone Euro.
Alors, s’il en était encore temps, - mais rien n’est moins sûr hélas !- le cas grec ne serait plus vraiment un obstacle : le poids de la Grèce dans la zone est si faible, que la mutualisation de ses dettes déjà allégées ne serait pas bien lourde à porter puisque que ce ne serait que provisoire.
En aurez-vous le courage monsieur le président ?
Votre place dans l’Histoire se joue en ce moment !
Henricles le 27 mai 2012
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